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Comment construire des territoires robustes 

Comment construire des territoires robustes dans un contexte de changement climatique ? Principes et étapes

Dans cet article, nous plongeons au cœur des stratégies d’adaptation avec Joëlle Munari et Laura Rouch  d’ACTeon, qui accompagnent métropoles et régions dans la construction de territoires robustes – au-delà de la résilience.  

Du diagnostic des vulnérabilités au financement des solutions, en passant par l’évitement des mal-adaptations, leur message est clair : « L’adaptation n’est pas une option, mais une trajectoire à co-construire ». 

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Construire des territoires robustes :
retour d’expérience du programme MIP4Adapt

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Depuis 2024, nous accompagnons des métropoles et des régions françaises dans leur adaptation au changement climatique à travers le programme européen MIP4Adapt. Nantes, Paris, Lille, La Rochelle, mais aussi les régions PACA, Normandie ou Occitanie… Huit métropoles et six régions au total. Autant de territoires différents, autant de contextes particuliers. Pourtant, partout, les mêmes questions reviennent : Par où commencer ? Comment expérimenter ? Et surtout, comment construire quelque chose qui tienne la route pour faire avec un climat qui ne reviendra jamais à son état d’avant ? 

La robustesse, ou comment arrêter de croire à la performance 

Chez ACTeon, nous avons fait un choix sémantique qui peut sembler technique, mais qui change tout : nous parlons de robustesse plutôt que de résilience. Laura l’explique simplement : « La résilience, c’est l’idée qu’on va encaisser le choc et revenir à la normale. Mais quelle normale ? Celle d’avant n’existe plus. La robustesse, elle, vise à transformer les territoires pour qu’ils soient adaptés adaptables aux fluctuations de plus en plus fortes ». 

Cette approche s’appuie notamment sur trois principes que nous avons tirés des travaux d’Olivier Hamant :

  • La circularité : trouver les leviers d’action à l’échelle locale plutôt que d’attendre des solutions venues d’ailleurs. Un territoire robuste maximise ses marges de manœuvre propres. 
  • La coopération : aller au-delà de la simple collaboration pour définir des objectifs vraiment communs ; pas juste « on fait ensemble », mais « on vise ensemble la même chose ». 
  • L’adaptabilité : développer la capacité à « faire avec » l’incertitude ; pas question de prétendre tout prévoir, mais de se donner les moyens d’ajuster le cap quand il le faut. 

Il s’agit aussi de redonner une place aux « sous-optimalités » — hétérogénéité, essai-erreur, redondance, etc. — ces caractéristiques omniprésentes dans la nature que notre quête de performance a souvent effacées. En cherchant à tout optimiser, on oublie que ces imperfections apparentes sont en réalité des ressorts essentiels de la robustesse collective. Accepter les sous-optimalités, c’est renoncer à l’efficacité immédiate pour préserver la capacité d’adaptation future : elles ouvrent des marges de manœuvre et permettent à de nouvelles options d’émerger lorsque les conditions changent. 

« L’important n’est pas tant de réussir à faire face aux risques climatiques,
mais plutôt de faire avec, d’avoir les capacités de composer avec cette fluctuation. » – Laura Rouch 

Ce dont les territoires ont vraiment besoin

En accompagnant ces collectivités, nous avons vite compris que les besoins des élus et des services techniques sont différents, mais complémentaires. 

Les élus : s’acculturer pour oser décider dans un contexte incertain 

Les élus ont d’abord besoin de comprendre. Comprendre ce que signifie concrètement la Trajectoire de Réchauffement de Référence (TRACC) : +2,7°C en 2050, +4°C à horizon 2100 en France métropolitaine. Comprendre les vulnérabilités de leur territoire, aujourd’hui et demain, et anticiper les conséquences des phénomènes extrêmes qui jalonneront le chemin jusqu’en 2050 et 2100. Au-delà des tendances moyennes, c’est la variabilité – canicules successives dépassant les 50 °C, sécheresses prolongées, ou événements hors normes – qui doit orienter nos décisions et nos stratégies d’adaptation. Le rôle politique est crucial : sans portage fort des élus, les techniciens ne peuvent pas avancer. 

Les techniciens : diagnostiquer, animer, ajuster 

Pour les services techniques, c’est une autre histoire. Ils sont en première ligne pour manipuler la donnée, coordonner les études, animer le dialogue territorial. Joëlle détaille : « Leur mission commence par un diagnostic de vulnérabilité. Ça se joue sur trois facteurs : l’exposition aux risques climatiques, la sensibilité du territoire – c’est-à-dire qui et quoi est impacté –, et la capacité d’adaptation du territoire ».

Une zone inondable inhabitée ? L’exposition est forte, mais la sensibilité faible. Un quartier populaire sans îlots de fraîcheur en période de canicule ? Vulnérabilité maximale. 

Six étapes d’adaptation, et vous, vous en êtes où ? 

La méthodologie MIP4Adapt identifie six phases d’adaptation, qui recoupent celle de l’Ademe. Notre travail consiste à situer chaque collectivité dans cette trajectoire, puis à l’aider à passer à l’étape suivante. Voir ici le replay de l’atelier : Pour des territoires adaptés au changement climatique, s’inspirer entre collectivités pour mieux agir

Joëlle raconte : « Certaines collectivités n’ont aucune stratégie formelle. On commence alors par recenser toutes les initiatives qui existent déjà dans d’autres politiques – eau, biodiversité, mobilité – et qui contribuent déjà à l’adaptation sans être étiquetées comme telles ».

D’autres sont plus avancées et ont déjà une stratégie. « Là, on les aide à se questionner sur la suffisance de leur plan par rapport à un climat à +4°C, sur leurs objectifs chiffrés. Par exemple, dans les programmes de végétalisation : est-ce que je vise 20%, 30%, 40% de canopée ? À quel endroit stratégique végétaliser ? Cet objectif chiffré permet de suivre l’avancée et de mesurer l’ambition ».

L’un des risques majeurs, c’est la maladaptation : des solutions qui semblent bonnes dans l’urgence mais aggravent la situation à long terme. Le cas d’école ? La climatisation individuelle. 

Adopter une vision à 360°

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C’est là qu’intervient la vision systémique que défend Laura : « Il faut réintégrer les évolutions climatiques dans un ensemble plus large de fluctuations – géopolitiques, sanitaires, sociales. Avoir une vision systémique dans la compréhension des problèmes, mais aussi dans la manière de trouver des solutions. »

Les parcs naturels régionaux offrent d’ailleurs un modèle intéressant de cette approche : ils ont des outils de suivi territorial et une gouvernance où les multiples acteurs s’expriment régulièrement. Cette capacité à croiser les regards facilite justement cette vision d’ensemble. 

Le benchmark des solutions : SFN et au-delà 
À travers l’accompagnement des métropoles, nous avons constitué un benchmark des solutions d’adaptation face aux trois risques majeurs : canicule, sécheresse et inondation. 

« Les métropoles étaient curieuses de savoir ce que les autres faisaient en France », explique Joëlle. Deux grandes familles de solutions se dégagent : 

  • Les Solutions Fondées sur la Nature (SFN) : végétalisation, désimperméabilisation, restauration de zones humides. Ce sont des « actions sans regrets » qui utilisent les services écosystémiques. 
  • Les solutions techniques : quand les SFN ne suffisent pas face à l’ampleur du défi. Paris, par exemple, peint certains toits en blanc pour réfléchir la chaleur et déploie des réseaux de froid géothermique pour refroidir les écoles et hôpitaux. 

L’essentiel n’est pas de copier-coller ces solutions, mais de s’en inspirer en fonction de son contexte. Joëlle insiste : « Même si ce sont des solutions qui existent par ailleurs, ce n’est pas forcément réplicable. Il n’y a pas forcément la volonté politique de les mener jusqu’au bout. »

La question du financement (et de MIP4Adapt 2)

« Comment on finance tout ça ? » La question revient systématiquement. Heureusement, il existe une panoplie d’outils de financement : 

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  • Le Fonds vert, dédié à l’adaptation 
  • Les Agences de l’eau pour la biodiversité et la ressource en eau 
  • Les Régions et l’ADEME pour les projets techniques 
  • Des institutions privées comme CDC Biodiversité ou la Fondation du patrimoine
  • Des banques comme la Banque des Territoires ou la Banque Postale

La réallocation des moyens — notamment par une orientation différente des fonds publics — constitue également un levier essentiel pour financer les plans d’adaptation. 

Le programme MIP4Adapt actuel se termine fin 2025. Mais Laura annonce déjà la suite : « MIP4Adapt 2 est en réflexion. Il va plutôt s’orienter sur le financement de l’adaptation et l’accompagnement des collectivités pour trouver les financements dont elles ont besoin pour aller à la hauteur de leurs ambitions. »

Du conseil régional à la communauté de communes, l’objectif est d’aider concrètement à monter les dossiers et identifier les bonnes sources de financement. 

Créer des imaginaires pour mobiliser 

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Au-delà des aspects techniques, Laura pointe un enjeu souvent négligé : « Il faut créer des imaginaires pour faciliter et mobiliser davantage, pour dépasser les freins ou les craintes que certains acteurs, notamment élus, peuvent exprimer sur ces transformations de territoire. »

Transformer suppose d’abord de comprendre comment nous changeons : identifier, grâce aux sciences comportementales par exemple, ce qui freine ou stimule l’évolution de nos représentations et la mobilisation collective. Mais il s’agit aussi de donner envie : en faisant appel aux artistes pour faire naître des récits et des imaginaires positifs, capables d’ouvrir de nouveaux horizons désirables.  

Car au fond, construire la robustesse territoriale, c’est transformer notre rapport au vivant et notre façon d’habiter les lieux. C’est croiser sciences environnementales et sociales pour éclairer les choix collectifs. C’est faire des défis locaux et globaux de véritables opportunités.

Par où commencer demain ? 

Si vous êtes élu ou technicien dans une collectivité, voici ce que notre expérience MIP4Adapt nous a appris : 

1. Commencez par un autodiagnostic honnête 
Où en êtes-vous vraiment ? Avez-vous identifié vos vulnérabilités ? Existe-t-il déjà des actions favorables à l’adaptation, même non formalisées ? 

2. Faire converger les ambitions des élus, des techniciens et des acteurs du territoire 
Une ambition commune et partagée, ainsi que la mobilisation de tous, sont les clés de la réussite. 

3. Fixez des objectifs chiffrés  
« On va végétaliser » ne suffit pas. Combien ? Où ? Quand ? Avec quels indicateurs de suivi ? 

4. Pensez multi-risques et vision systémique 
Une solution qui règle un problème mais en crée un autre, c’est de la maladaptation. Penser le long terme et pas seulement l’urgence. 

5. Ne laissez pas le financement vous bloquer 
Les ressources existent. Il faut savoir les identifier et monter les dossiers. 

Depuis nos interventions dans MIP4Adapt, nous avons appris une chose essentielle : les territoires ne manquent pas de volonté, ils ont besoin de méthodes claires, d’accompagnement concret et de confiance dans leur capacité à se transformer. 

ACTeon croise les approches des sciences environnementales et sociales pour mettre en lumière les interactions entre l’homme et la nature. Nous éclairons les choix collectifs pour que les défis deviennent des opportunités. 

Si vous souhaitez construire la robustesse de votre territoire, nous pouvons vous accompagner sur : 

  • Le diagnostic de vulnérabilité et le positionnement dans la trajectoire d’adaptation 
  • La définition d’objectifs chiffrés et la co-construction avec les acteurs locaux 
  • L’identification des financements et le montage de dossiers 
  • Le suivi, l’ajustement et l’identification de la maladaptation 

Laura Rouch et Joëlle Munari travaillent chez ACTeon sur les questions d’adaptation aux changements climatiques et de robustesse des territoires.

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