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Biodiversité : accompagner la complexité

Dans une série d’articles dédiés à l’accompagnement des territoires face aux défis environnementaux, nous explorons comment ACTeon aborde les projets complexes à l’interface de la biodiversité, de la gestion de l’eau et des dynamiques socio-économiques. Aujourd’hui, nous revenons avec Tangi Corveler et Vincent Jolivet sur le projet Roselières littorales méditerranéennes, une expérience qui illustre comment une approche systémique, pluridisciplinaire et multiscalaire peut transformer des enjeux écologiques en leviers d’action collective. Ce retour d’expérience met en lumière une méthodologie innovante, où la souplesse, l’écoute et la confiance deviennent les piliers d’une adaptation réussie au changement climatique.

Retour d’expérience sur le projet Roselières Littorales Méditerranéennes

Les roselières littorales méditerranéennes occupent une place singulière dans les territoires côtiers. À la croisée des enjeux de biodiversité, de gestion de l’eau, d’usages socio-économiques et de recomposition spatiale face au changement climatique, elles peuvent jouer un rôle structurant à l’interface de multiples enjeux territoriaux, écologiques et socio-économiques. C’est dans ce contexte que s’est inscrit, pendant quatre années, l’accompagnement d’ACTeon auprès du collectif d’acteurs du projet Roselières littorales méditerranéenne. (RLM)

L’ambition du projet était double : produire des connaissances opérationnelles pour mieux comprendre les dynamiques à l’œuvre, tout en renforçant la capacité collective des acteurs à agir face à l’incertitude climatique. L’expérience montre combien cette ambition exige non seulement des outils adaptés, mais aussi une posture d’accompagnement renouvelée.

Une approche méthodologique cohérente, pensée pour la complexité

Dès l’origine, notre accompagnement sur le projet a été structuré autour de trois grands piliers structurants : systémique, pluridisciplinarité et multiscalarité, étroitement articulées – Tangi Corveler

Systémique

Une approche systémique comme fil conducteur : les roselières ont été abordées comme des systèmes d’interactions entre hydrologie, biodiversité, usages, foncier, économie, gouvernance. Cette lecture systémique a permis d’identifier les interactions et interdépendances entre ces composantes, souvent situées au-delà des périmètres de gestion classiques.

Pluridisciplinaire

Une hybridation des disciplines : l’écologie, l’hydrologie, les sciences sociales, la socio-économie, le foncier et l’urbanisme ont été mobilisés conjointement grâce à une quinzaine de partenaires réunis par le projet. Ce croisement des regards a permis de dépasser les diagnostics sectoriels, et a alimenté le pilotage du projet en croisant les regards, permettant d’analyser les roselières selon plusieurs prismes et d’appréhender ainsi les nombreux enjeux qui les traversent.

Multiscalaire

L’articulation des échelles territoriales a établi un lien entre les dynamiques locales et les processus régionaux, garantissant des actions cohérentes du site à la planification territoriale : ainsi, à l’échelle régionale, le projet a contribué à une vision stratégique de type « trame turquoise », offrant cohérence politique, capitalisation et mise en réseau ; à l’échelle inter-sites, il a permis une approche expérimentale robuste, en comparant des configurations complémentaires, dans une logique de bassins versants et de continuités écologiques ; enfin, à l’échelle locale, il a produit des diagnostics fins, directement opérationnels pour les gestionnaires.

Ces trois piliers ne sont pas une méthode appliquée ponctuellement, mais une manière de travailler. Ils nous permettent d’aborder des projets complexes sans les simplifier à l’excès, tout en restant orientés vers des plans d’action protéiformes, mobilisant une diversité d’acteurs dans une logique d’échelles territoriales emboitées. – Vincent Jolivet


Plongez au cœur d’un écosystème complexe et découvrez comment chaque acteur, à son échelle et selon son expertise, peut s’engager concrètement à travers la série vidéo « Roselière : À chacun son rôle »

Une posture d’accompagnement originale : souplesse, écoute et confiance

Au-delà des livrables, l’une des singularités majeures de cette expérience tient dans la posture adoptée par l’équipe d’ACTeon et les liens avec l’ADENA, commanditaire du projet. Bien que l’accompagnement ait été contractualisé dans le cadre d’une prestation, il a dû s’inscrire dans une logique de pilotage adaptatif. Au fil du projet, les objectifs ont été régulièrement réajustés pour répondre à la fois aux besoins émergents des acteurs, aux enseignements inattendus et à l’évolution rapide du contexte climatique et territorial.

Cette posture exploratoire, parfois inconfortable au regard des cahiers des charges classiques – souvent précis, rigides et séquencés – s’est révélée être l’une des clefs du succès du projet – Tangi Corveler

Elle a permis de gagner en pertinence en requestionnant les objectifs initiaux, d’explorer des angles morts et les sujets émergents, et d’accepter l’incertitude comme une composante normale du travail, surtout dans le contexte du changement climatique et des fluctuations tous azimuts (incertitudes sociales, économiques, sanitaires, etc.).

Cette souplesse n’a été possible que grâce à un lien de confiance réciproque construit progressivement entre ACTeon, l’ADENA et l’ensemble des partenaires, que ce soit les gestionnaires bénéficiaires, les institutions facilitantes ou encore les financeurs.

Face à la complexité, nous avons choisi la recherche-action : avancer avec les acteurs, apprendre en faisant, et adapter en continu le pilotage du projet. Lorsque nous avons mis sur la table le sujet de la recomposition spatiale du littoral face aux effets du changement climatique, personne n’avait initialement imaginé y consacrer des moyens pour définir la place des roselières et le rôle des gestionnaires dans ces processus. Pourtant, il s’agit là d’une dynamique très structurante pour l’avenir des littoraux – Vincent Jolivet

Un grand enseignement : vers une planification plus souple
et apprenante des projets d’adaptation au changement climatique


L’expérience du projet Roselières littorales méditerranéennes met en lumière un enseignement majeur : les projets d’adaptation au changement climatique ne peuvent plus être pensés uniquement dans des cadres linéaires, prédictifs et figés. Par nature, ces projets sont complexes, incertains, évolutifs et sont traversés par des fluctuations sociales, écologiques et politiques fortes.

Il est de plus en plus difficile d’anticiper, dans le cadre d’un projet se déroulant sur plusieurs années, la totalité des besoins, des blocages ou des opportunités. – Tangi Corveler

À l’inverse, cette expérience montre tout l’intérêt de s’inscrire dans une logique exploratoire et de recherche-action, et d’accepter l’ajustement permanent des trajectoires tout en gardant un cap collectif.

La souplesse dans la coordination, la capacité à réinterroger les objectifs en cours de route, et l’écoute des acteurs de terrain ont ici permis de gagner en pertinence, parfois au-delà même des actions initialement imaginées.

Les projets d’adaptation gagnent à être pensés non plus comme des trajectoires figées, mais comme des chemins apprenants, construits collectivement dans l’incertitude. Cela impacte la relation avec nos commanditaires, chacun devant adopté une posture d’écoute et de confiance réciproque. – Tangi Corveler

Et maintenant, comment procéder ?

Piloter un projet dans un monde fluctuant suppose de passer d’une logique de maîtrise à une logique d’apprentissage, comme le souligne si souvent le chercheur Olivier Hamant que nous avons accompagné dans ses travaux sur la robustesse. Opérationnaliser ce changement de paradigme reste toutefois un défi majeur, et le projet Roselières littorales méditerranéennes nous donne, rétrospectivement, quelques pistes d’action concrètes pour y parvenir :

Enseignement 1 : informer l’ensemble des acteurs de la logique apprenante inhérente
à des projets complexes à caractère exploratoire, et instaurer ainsi une relation de travail fondée sur la confiance et l’écoute mutuelle.

Dans le cadre du projet RLM, la conduite simultanée de diagnostics socioéconomiques, dans un contexte de changement climatique, sur cinq sites pilotes a fait émerger des enjeux structurants encore peu explorés par les gestionnaires, comme la gestion des flux d’eau entrants et sortants sur une roselière ou encore la place des roselières et le rôle des gestionnaires dans les processus de recomposition spatiale. Le projet a alors su faire preuve de souplesse en réallouant des moyens afin d’approfondir ces thématiques, renforçant ainsi la pertinence et la finesse de la compréhension des dynamiques à l’œuvre pour les roselières face au changement climatique.

Enseignement 2 : avoir un cap clair, mais des objectifs non figés, laissant place à l’exploration et à l’apprentissage.

Dans le cadre du projet RLM, l’évaluation de la vulnérabilité des roselières à l’horizon 2050 a constitué un véritable déclencheur de prise de conscience collective. La nécessité d’anticiper et de renforcer les capacités d’adaptation s’est alors imposée, même si les modalités d’action (le « comment ») restaient à construire. Le cap était posé, le chemin s’est dessiné progressivement.

Enseignement 3 : prévoir des temps formalisés de retour réflexif pour intégrer les enseignements inattendus (peut s’ajouter à l’ordre du jour des instances de pilotage habituelles du projet).

Dans le cadre du projet RLM, ces temps n’ont pas toujours été formalisés ni explicitement identifiés, mais se sont imposés naturellement au fil des questionnements sur la conduite du projet et des difficultés rencontrées dans la mise en œuvre de certaines actions. Ainsi, à l’issue des diagnostics socioéconomiques menés dans le contexte du changement climatique, des animations territoriales étaient initialement prévues sur chaque site pilote. Toutefois, il est rapidement apparu nécessaire d’explorer en amont des enjeux transversaux et structurants pour l’ensemble des acteurs (et pour lesquels les gestionnaires ne manqueraient pas d’être interrogés), comme la gestion des ressources en eau, alors même que les moyens étaient initialement fléchés vers d’autres actions.

Enseignement 4 : doter les projets d’un dispositif/organe de gouvernance capable de réorienter les actions / questionner les orientations initiales à mesure que les connaissances s’enrichissent

Il s’agit de réorganiser la souplesse, pas de l’improviser. Dans le cadre du projet RLM, cet apprentissage s’est formulé a posteriori : les relations de confiance déjà établies entre les acteurs ont permis des échanges et des décisions au fil de l’eau. Les financeurs, tels que l’Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse ou la Région Occitanie, ont ainsi compris et soutenu les réorientations proposées. Avec le recul, un cadrage initial plus explicite aurait pu formaliser des critères partagés de réajustement (émergence de nouveaux enjeux, évolution du contexte climatique, besoins des acteurs, résultats intermédiaires), des modalités claires de décision collective et une meilleure traçabilité des inflexions/réajustements opérés.

Et bien sûr, c’est ce que nous savons bien faire chez ACTeon ! Nous pouvons vous accompagner dans ce pilotage !

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